Léonard de Vinci, un rebelle ? > Ce que dit l’histoire > La dernière Cène : un code secret ?

Sophie parcourut attentivement des yeux la grande photo. Il y avait bien treize personnages : Jésus au centre, six disciples à sa gauche et six à sa droite.(...) « Regardez bien la personne qui est assise à la place d’honneur, à droite du Seigneur (...) Le plus près possible, elle observa le visage et le buste qui dépassaient de la table. Les longs cheveux, les mains fines, la poitrine légèrement arrondie, la courbe gracieuse du cou, l’expression retenue... (...) C’est une femme ! (...) C’est Marie-Madeleine.
pages 304-310
Cette peinture murale, peinte en trois ans, fut commandée par Ludovic le More, Duc de Milan, pour le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie. Il est absurde d’imaginer que ce soit dans ce lieu coupé du monde, et donc du regard du grand public, que Léonard ait voulu y dévoiler un secret. D’autant plus que le travail fut contrôlé par les Dominicains de Milan, alors responsables du cryptage et décryptage du courrier diplomatique du Vatican...
Elle représente l’instant où Jésus révèle aux apôtres réunis autour de la table que l’un d’entre eux s’apprête à le trahir (Evangile de Jean 13, 21-25) et absolument pas l’Institution de l’Eucharistie. Léonard de Vinci s’est exclusivement inspiré de cet Evangile pour représenter ses personnages et leurs émotions.
Elle fut peinte sur un mur de platre selon un procédé novateur à l’époque, la détrempe. Mais très vite la peinture se détériore, et la fresque va connaître neuf restaurations, chacune d’elles étant marquée par des ajouts de peinture à l’huile. Ce n’est qu’à la dernière restauration (1993) que l’on réussit à rendre à la fresque une approche fidèle de la peinture originale, mais limitée à des fragments qui nous permettent à présent d’imaginer ce qu’était l’œuvre originale ; certaines zones ne sont plus lisibles sur l’original, alors que l’on trouve de nombreuses reproductions faites au cours des siècles. Toutes les interprétations sont alors possibles...
Pour Léonard, chaque personnage doit être peint en fonction de son âge et de son statut social, avec les caractéristiques qui leur correspondent, suivant les règles et les codes de l’art de l’époque. Ainsi Saint Jean est-il représenté de manière jeune et attirante, sous les traits d’un adolescent efféminé, comme souvent dans la Renaissance italienne qui s’inspire de l’Antiquité. De plus Léonard avait naturellement tendance à représenter l’archétype de la beauté masculine de façon efféminée.
Chaque tableau de De Vinci était le fruit d’une longue maturation, pour rendre à la perfection l’expression des sentiments et l’intention des âmes.
La Cène représente le moment où tout bascule à l’annonce de la trahison. Une onde de choc se transmet parmi les apôtres, reliés par un jeu de mains et réunis en groupes de trois autour du Christ.
Les spécialistes s’accordent sur le fait que l’artiste a commencé sa peinture par le trio majeur figurant Judas, Pierre et... Jean.
Elisabeth de Balanda, conceptrice de l’exposition Léonard de Vinci - L’Ultima Cena [1]
Le thème du tableau étant très clair, aucune hésitation n’est possible et si Léonard avait voulu faire apparaître Marie-Madeleine, il n’aurait pas eu besoin de la cacher car elle faisait partie des personnages très souvent représentés, notamment dans toutes les scènes de crucifixion.

[1] Pèlerin, Rendons à Léonard de Vinci..., p. 58, n° 6441, 11 mai 2006
Amy Welborn
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