L’Opus Dei, une société secrète ? > Ce que croient les chrétiens > Statut, argent et prosélytisme ?
Avec l’aimable autorisation de Véronique Grousset, 21 avril 2006, Le Figaro Magazine

L’Opus Dei est certes à ce jour la seule prélature personnelle au sens strict. Mais il y a dans l’Eglise d’autres circonscriptions qui sont équivalentes aux plans théologique et canonique ; je pense aux diocèses aux Armées ou à la prélature de la Mission de France, par exemple. Il s’agit de structures qui ne prennent pas la notion géographique comme unique critère de compétence de juridiction, d’où l’adjectif "personnel ".
Le statut actuel, définitif, de l’Opus Dei, correspond exactement à sa nature [1]. Lorsque votre identité est clairement définie, nul doute que vous êtes plus facilement utile aux autres, qui savent qui vous êtes et ce pourquoi vous existez. Lorsqu’un costume vous va bien et que vous êtes à l’aise, c’est mieux pour tout le monde.
Ainsi les fidèles de la prélature vivent au milieu du monde où ils se trouvent, université, bureau, lieux de vacances. Ils essaient de bien travailler, chacun dans sa profession. Ce sont des hommes et des femmes qui sont avocats, médecins, journalistes, artistes, ouvriers, agriculteurs, musiciens, militaires, enseignants. (...)
D’abord l’Opus Dei, vieux et nouveau comme l’Evangile, disait saint Josémaria, diffuse un message : Dieu appelle tous les hommes et toutes les femmes à l’aimer et à aimer leurs prochains, c’est-à-dire à la sainteté et à l’apostolat, dans la vie de tous les jours. Non pas malgré le travail, mais par le travail, dans un monde où, comme image de Dieu, l’on coopère avec lui.
C’est une aventure d’amour, en quelque sorte. Ensuite, l’Opus Dei offre son aide pour répondre à cet appel divin ; la prélature propose ainsi des activités de formation chrétienne et la possibilité d’un accompagnement spirituel personnalisé, à la fois exigeant et adapté à la vie ordinaire.
Toute cette histoire divine et humaine à la fois, dans l’imitation de Jésus-Christ, se fonde sur la confiance dans la paternité amoureuse de Dieu, sur la foi dans le Christ ressuscité, sur l’action de l’Esprit Saint aujourd’hui, maintenant, dans chaque âme.
L’Opus Dei, au sein de l’Eglise, comme une partie de peuple de Dieu, tâche donc de remplir cette mission. C’est une sorte d’école de formation permanente pour que les gens de la rue rencontrent Dieu dans leur vie ordinaire et qu’ils fassent partager la joie de cette rencontre à leurs collègues, à leurs amis, à leurs connaissances.
Au sein de l’Eglise il y a différents charismes et ils s’enrichissent mutuellement pour le bien de tous, prêtres et laïcs, diocèses, réalités les plus variées ; tous sont utiles et complémentaires, et il y a de la place pour tout le monde, dans le respect des sensibilités de chacun. Les centres d’enseignements dont vous parlez naissent un peu comme des champignons, à l’initiative et sous la responsabilité de personnes concrètes, en général d’ailleurs ce sont des parents d’élèves, car ils sont les premiers intéressés par l’éducation de la jeunesse. L’Opus Dei n’investit pas ici, mais plutôt respecte la liberté des gens dans leur vie en société.
Toute personne qui a atteint la majorité a la possibilité virtuelle d’appartenir à l’Opus Dei. Il suffit de s’y sentir attiré pour des raisons spirituelles, désintéressées, et de vérifier que l’on s’y épanouit effectivement. Evidemment, une rencontre personnelle est pour cela nécessaire, ce genre de chose ne se fait pas par télépathie. Le mot recrutement convient à l’Armée ou à des entreprises, pas à une réalité ecclésiale comme l’Opus Dei.
Le but de l’Opus Dei, comme celui de l’Eglise, n’est pas de grandir constamment, mais de prolonger la présence du Christ dans le monde, de servir les âmes, jusqu’à ce que Notre Seigneur revienne. Naturellement, cela comporte la diffusion du message chrétien, en particulier de l’appel que Dieu adresse à chacun dans sa vie ordinaire. Bien entendu l’Opus Dei est apostolique, mais parce que, étant une partie de l’Eglise, elle remonte jusqu’aux premiers disciples du Christ qui furent « envoyés ».
Une Eglise qui ne serait pas missionnaire serait un cadavre. Malheur à moi, disait Saint-Paul, si je n’annonçais pas l’Evangile (cf. 1 Paul aux Corinthiens 9, 16) ! C’est pourquoi le concile Vatican II, puis Paul VI dans son exhortation Evangelii nuntiandi, enfin Jean-Paul II avec Redemptoris missio, ont rappelé le nécessaire engagement chrétien dans l’annonce de l’Evangile. Jésus invitait clairement ceux qu’il rencontrait par des mots sans équivoque : « Suis-moi ». D’ailleurs, ce fut parfois en vain, comme dans le cas du jeune homme riche ; pourtant, le Christ ne s’est pas abstenu de l’inviter à le suivre (cf. Luc 18, 22). Saint-Paul enseigne que la foi vient de la prédication (cf. Paul aux Romains 10, 17), pas seulement d’un témoignage de vie, même si celui-ci est un préalable nécessaire.
L’Opus Dei propose des idéaux élevés, aujourd’hui dans une société qui n’est plus chrétienne, et j’espère que la prélature continuera toujours de le faire. Un minimum d’esprit rebelle, le goût de l’indépendance sont donc requis, mais aussi la générosité de qui aspire à faire quelque chose pour les autres. (...) C’est pour tous que le Christ s’est incarné, pas seulement pour quelques initiés. Voilà un message qui ne peut être caché.
Oui. L’ignorance est toujours un grand mal et l’information un bien. La communication n’est pas un jeu et elle ne souffre pas l’amateurisme. On apprend avec le temps à mieux se faire connaître et aussi à mieux se comprendre soi-même. Il faut un peu de patience dans ce domaine aussi.
Quelle que soit l’autonomie financière des associations gérées par des membres de l’Opus Dei, il devrait être facile, à l’ère de l’informatique, d’en dresser la liste et de calculer le montant des fonds qu’elles brassent. Pourquoi ne pas le faire ? Est-ce pour ne pas accréditer l’idée que l’Opus Dei serait "immensément riche" ? Ou au contraire, parce qu’il est plus utile de le laisser croire ?
L’essentiel est l’initiative libre et responsable qui naît de la base. Quelles sont les associations qui sont gérées par les fidèles de la prélature ? Je ne le sais évidemment pas, et mes collaborateurs non plus. Le concept même n’existe pas à mes yeux, c’est une chimère. En admettant qu’il soit possible de faire le genre de calcul dont vous parlez, on obtiendrait un inventaire hétéroclite. Une pomme plus deux chaises, combien cela fait-il de violons ou de ballons de football ? Quelles sont les associations gérées par les riverains de toutes les avenues dénommées « avenue de la République », ou par ceux qui ont les yeux verts et qui jouent au tennis toutes les semaines ? Que pèse leur ensemble ?
Dans la pensée de saint Josémaria Escriva, chaque initiative doit être équilibrée au plan financier, le cas échéant moyennant l’aide de comités de patronages et grâce à des donateurs réguliers. Mais l’Opus Dei n’intervient pas et ne veut pas intervenir, notamment en raison d’un sain principe d’autonomie et de respect des compétences : à chacun son métier, et les vaches seront bien gardées !
[1] Le statut de l’Opus Dei a longtemps posé problème car l’Eglise catholique n’en avait aucun autorisant des laïcs à être "membres à part entière" (au même titre que les ecclésiastiques) d’une de ses institutions. Cette difficulté fut partiellement contournée à partir de 1950 par l’octroi du statut « d’institut séculier ». Mais le fondateur de l’Oeuvre, Josémaria Escriva de Balaguer, l’estimait très insatisfaisant... ne serait-ce que parce qu’il plaçait l’Opus sous - l’autorité des évêques des différents diocèses. Ce fut son successeur à la tête de l’Opus Dei, Monseigneur Alvaro del Portillo, qui obtint finalement de Jean-Paul II, en 1982, l’octroi du double statut de « prélature personnelle » (créé par le concile Vatican II) et de « diocèse universel » ; un statut que Mgr Echevarria qualifie ici de "costume" dans lequel il se sent "très à l’aise".
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